Huit heures garé, deux heures à recharger

Un véhicule électrique stationné au bureau de 8 h à 17 h récupère un aller-retour domicile-travail typique en deux à trois heures sur une borne de niveau 2. Les cinq à six heures restantes ? Du temps de recharge entièrement déplaçable. Peu de charges flexibles sont aussi dociles : le véhicule est là, branché, et personne n'a besoin qu'il soit plein à 10 h du matin.

Le vrai coût : la puissance, pas l'énergie

Dix bornes de 7,2 kW installées sans pilotage, c'est 72 kW appelés d'un seul coup quand tout le monde branche en arrivant. Conséquence : mise à niveau coûteuse du panneau électrique, dépassement de la puissance disponible et, pour les clients commerciaux facturés à la puissance, des appels de puissance qui gonflent la facture. L'énergie consommée reste identique ; c'est la pointe simultanée qui coûte cher — en infrastructure comme en exploitation.

La solution : piloter la charge, pas la subir

La gestion dynamique de la charge répartit en temps réel la puissance disponible entre les bornes :

  • les bornes dialoguent via le protocole ouvert OCPP avec une plateforme centrale ;
  • chaque véhicule reçoit la puissance dont il a besoin selon son heure de départ ;
  • la recharge se décale automatiquement hors des pointes du bâtiment.

Résultat : on installe plus de bornes sur la même capacité électrique, sans surdimensionner l'infrastructure.

Au Québec, la filière est déjà en marche : la filiale d'Hydro-Québec Cléo exploite une plateforme de gestion dynamique de la recharge qui planifie automatiquement la recharge des parcs de véhicules selon leurs besoins énergétiques prévus. AXSO, une autre filiale d'Hydro-Québec, propose la plateforme Eddie, une solution OCPP de gestion intelligente de l'énergie. Le message est limpide : la borne seule ne suffit plus, c'est le pilotage qui crée la valeur.

Le financement suit le mouvement

Le Programme d'infrastructure pour les véhicules à émission zéro (PIVEZ) de Ressources naturelles Canada finance le déploiement de bornes sur les lieux de travail : jusqu'à 50 % des coûts totaux du projet, plafonnés à 2 millions de dollars par projet, avec un programme disponible jusqu'en 2027. Attention toutefois : le volet « propriétaires et exploitants » est fermé aux nouvelles demandes — les projets passent désormais par des organismes de prestation désignés, comme Énergie NB au Nouveau-Brunswick. Vérifiez donc le volet actif dans votre province avant de monter votre dossier.

Côté véhicules, le nouveau Programme pour l'abordabilité des véhicules électriques, en vigueur depuis le 31 mars 2026, offre jusqu'à 5 000 $ au point de vente pour l'achat ou la location d'un véhicule zéro émission léger — de quoi accélérer l'électrification des flottes d'entreprise, et donc la demande de recharge au travail.

Trois règles pour un stationnement flexible

  1. Mesurez d'abord. Avant d'acheter la première borne, analysez la courbe de charge de votre bâtiment : quelle puissance est réellement disponible entre 9 h et 16 h ?
  2. Exigez l'ouverture. Des bornes compatibles OCPP évitent l'enfermement propriétaire et permettent d'orchestrer la recharge avec le reste du bâtiment : CVC, éclairage, stockage.
  3. Pilotez en continu. Une plateforme comme Tenergen OS peut orchestrer vos bornes aux côtés de vos autres charges flexibles, en alignant la recharge sur les signaux tarifaires — par exemple le tarif Flex D d'Hydro-Québec — et sur les contraintes du réseau.

La borne est un équipement ; la flexibilité est une stratégie

Électrifier le stationnement de ses employés n'est plus un geste symbolique : bien pilotée, la recharge au travail réduit les coûts d'infrastructure, protège la facture de puissance et prépare le bâtiment aux signaux de demain — tarification dynamique, effacement, recharge bidirectionnelle. Ceux qui installent aujourd'hui des bornes « bêtes » paieront demain pour les rendre intelligentes.